Renaud Tedaldi

 

 

 

 

 

 

Maîtrise d’économie, spécialité monnaie et finance à l’Université PARIS I Panthéon-Sorbonne

 

 

 

 

 

 

 

 

Peut-on craindre aujourd’hui encore la réalisation d’un risque systémique ?

 

 

Vous détaillerez votre réflexion à partir de l’actualité financière récente et des années passées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1998

 

On peut définir le risque systémique comme le risque que la faillite d’un ou plusieurs agents financiers entraîne la faillite de l’ensemble du système financier par un effet domino, celle-ci ayant des conséquences néfastes pour l’activité économique réelle. Pour les vieux pays industrialisés, c’est pendant la crise de 1929 que l’on s’est rapproché le plus de ce scénario catastrophe, à la suite du crack boursier d’octobre, qui a débuté le "jeudi noir ". Les banques avaient largement prêté aux spéculateurs boursiers, devenus insolvables après la chute des prix, entraînant des faillites bancaires. La faible concentration bancaire fragilisait l’ensemble du système financier. Une forte déflation dans toute l’économie provoqua un alourdissement de l’ensemble des charges financières, entraînant une grave crise économique qui s’abattit aux Etats Unis, se répercutant sur l’ensemble des pays développés. La fragilité du système bancaire était accentuée par des "bank runs", c’est à dire des ruées de déposants aux guichets dans le but de retirer leur dépôt. Une fois la faillite de la banque prononcée, les clients n’avaient aucun espoir de retrouver leur fond, ce qui expliquait ces paniques parfois injustifiées. On aboutit aux Etats Unis au " bank hollidays ", ce qui signifiait la fermeture de toutes les banques afin de stopper les faillites bancaires. Après cet événement traumatisant pour les pays industrialisés de l’époque, on a vu apparaître différentes réglementations qui visaient à séparer les banques qui récoltaient les dépôts du public et qui accordaient des crédits bancaires, dites les banques commerciales, des banques qui intervenaient sur les marchés financiers, dites les banques d’investissements(réglementation appelée le Glas Steagal Act au Etats Unis). En fait, une réglementation bancaire contraignante limitait la concurrence entre les banques, en accordant même des monopoles sur certains segments de marché. A l’encadrement du crédit comme instrument privilégié de la politique monétaire s’ajoutait un contrôle des mouvements de capitaux. Dans ce contexte, les marchés financiers étaient segmentés et peu développés. Ces restrictions avaient l’avantage d’empêcher que la faillite d’un établissement ne se propage à l’ensemble du système bancaire, et que les banques commerciales soient touchées par une crise boursière. Elles avaient par contre l’inconvénient d’être peu efficace en terme d’allocation des ressources. Les rentes de monopole et la faible concurrence entraînant des coûts d’intermédiation élevés, ce qui permettait aux banques une bonne rentabilité. Les années quatre-vingt sonneront le glas de cette politique. Il apparaît une libéralisation financière dans la plupart des pays développés. Les Etats voyant croître leur déficit et se lançant dans des politiques déflationnistes développent les marchés financiers afin de se financer sans création monétaire par des financements désintèrmédiés. La déréglementation abolit les restrictions de concurrence pour améliorer l’allocation des ressources dans l’économie, et en termine avec l’encadrement du crédit et le contrôle des changes. De nouveaux produits et de nouveaux marchés, comme les marchés dérivés qui permettent la couverture des risques de taux et des risques de change, sont introduits dans des places financières intégrées au niveau national et au niveau international, dans un contexte où les nouvelles technologies permettent une mobilité presque parfaite et instantané des capitaux à des coûts réduis. Cette globalisation financière poussera les banques à accroître leurs activités de marché du fait de la baisse de leurs marges d’intermédiation liée à la montée de la concurrence. Ces nouvelles activités permises par la déréglementation allaient accroître leur risque, fragilisant le système bancaire d’autant plus que les marges des activités classiques étaient faibles. L’ensemble des banques est désormais de nouveau sous la menace d’un effet domino provoqué par une mauvaise gestion de leurs activités classiques, mais surtout, par une crise de marché boursier. L ‘instabilité financière incessante, dans des volumes croissants, qui s’est traduite ces dernières années par des crises de plus en plus surprenantes par leur impact sur le système financier international, comme la crise mexicaine en 1994 ou la crise asiatique d’octobre 1997, ne fait que confirmer ces craintes. On est donc passé d’un système stable, mais peu efficace, à un système bien plus efficace, avec une meilleure allocation des ressources, mais aussi beaucoup plus enclin à la propagation d’une crise. Face à cette montée du risque systémique, les autorités ont réagi par l’introduction de "garde-fous" à plusieurs niveaux, visant à stopper la propagation d’une crise bancaire ou financière, et à accroître la faculté des banques à absorber les chocs. Mais alors peut-on craindre actuellement la réalisation d’un risque systémique ? Pour répondre à cette question, nous devons d’abord passer en revue les différentes mesures prises pour stopper la propagation des crises, après avoir rappeler les conditions dans lesquelles ces propagations s’effectuent. Dans une deuxième partie nous étudierons les différents facteurs d’accroissement du risque systémique non soumis à la réglementation prudentielle, et qui pourtant constituent une réelle menace. En conclusion nous indiquerons succinctement les différentes propositions faites par des économistes et des praticiens afin d’améliorer la sécurité des systèmes financiers, sans perdre en efficacité économique.

 

1ere partie

 

Le risque systémique correspond à la faillite ou la paralysie, de l’ensemble du système financier. Pour certains économistes comme les monétaristes, il provient uniquement de crises bancaires en chaîne, elles seules étant susceptibles de provoquer une contraction de la liquidité capable d’infliger de sérieux dommages à l’économie réelle. Une autre vision plus extensive retient des événements supplémentaires, très présents dans une économie globalisée comme la notre, ayant la capacité d’aboutir aux même effets. Ces événements ne sont pas forcément indépendants, bien au contraire.

 

 

 

Les crises bancaires

 

Les crises bancaires font l’unanimité comme accidents financiers capables de contracter l’offre de monnaie de manière suffisante pour avoir des répercussions macro-économiques. Cette vision traduit en premier lieu le fait que les banques sont essentielles pour le financement de l’économie par le crédit bancaire. En effet les banques prêtent aux ménages, et à nombres d’entreprises qui n’ont pas la possibilité ou l’envie, de se financer sur les marchés. Ces crédits ( à moyen-long terme) s’effectuent par le biais d’une transformation d’échéances entre les ressources à court terme des banques (dépôt à vue et prêt à court terme), et ses emplois à moyen-long terme.

En second lieu, les banques distribuent des moyens de paiement au public qui n’a pas d’autre choix que de passer par elles pour les obtenir.

Une crise bancaire peut provenir d’une crise d’illiquidité ou d’insolvabilité, bien que la distinction entre les deux phénomènes ne soit pas évidente en période de crise.

 

 

Deux formes de crise de liquidité peuvent être distinguées. La première provient du retrait massif des dépôts de la part des clients de la banque. Cette dernière ayant employée ces fonds à long terme n’est pas en mesure de satisfaire à ses obligations. Dans cette situation, ce n’est pas les pertes de la banque qui entraîne sa faillite, mais son illiquidité. Ces " bank runs ", qui concernent souvent au départ les établissements en difficulté, ont la faculté de se répandre à d’autres banques " saines " du fait que les clients n’ont pas les moyens, le temps ou le désir d’analyser la situation de leur banque. Ils ont tendance a percevoir les institutions de même catégorie comme un tout homogène et à agir massivement, mettant en péril l’ensemble du système bancaire. Désormais, ces " bank runs " ne sont plus d’actualité car à la suite de la grande crise de 1929, les autorités des principaux pays industrialisés ont mis en place un système de garantie des dépôts, qu’il soit formalisé comme aux Etats Unis avec le FDIC et le FSLIC, ou juste une garantie implicite de recapitalisation par l’ensemble des autres banques ou par l’Etat, comme ce fut le cas en France durant de nombreuses années. Cette assurance rend donc inutile les runs bancaires. De nos jours, la plupart des pays développés possède un système de garantie des dépôts.

La deuxième forme, tout aussi dangereuse, constitue la forme actuelle de crise de liquidité qui provient des marchés financiers. Les banques y sont prises au piège par des marchés à sens unique. Nous étudierons ce cas de figure un peu plus loin.

 

 

L’insolvabilité des banques provient par contre de leur mauvaise gestion dans l’allocation de leur ressource. Elles peuvent d’une part subir des pertes sur leur portefeuille titre ou d’autre part effectuer une mauvaise attribution de leur crédit. Dans le cas des attributions de crédits, il faut prendre en compte le fait que les banques sont soumises à une asymétrie d’information par rapport aux emprunteurs.

Le premier type d’asymétrie d’information dit " sélection adverse "est ex-ante au contrat. Le client dispose d’informations sur sa situation personnelle que la banque n’a pas, comme le simple fait de savoir s’il a les moyens de rembourser l’emprunt. Elle n’est donc pas en mesure d’évaluer correctement la qualité de son débiteur. Le prix du crédit reflète donc la qualité moyenne d’une catégorie de débiteurs. Cela décourage les bons emprunteurs qui payent trop cher le crédit, et encourage les mauvais qui eux le payent moins cher.

Le deuxième type d’asymétrie est ex-post au contrat, c’est le" hasard moral ". L’emprunteur, une fois les fonds obtenus, peut décider de les employer dans des activités plus rentables pour lui, mais plus risquées, que ce qui avait été initialement convenu avec la banque. Cette situation fait peser un risque sur la banque qui n’a pas intérêt à cette prise de risque excessive.

Dans une période d’euphorie où les perpectives sont bonnes, les banques qui se font une concurrence féroce essayent d’accroître leur part de marché, et ne regardent pas suffisamment les risques réellement pris. Un mauvais suivi des emprunteurs accroît également l’aléa moral. Dans cette situation, le système bancaire est fragilisé, et est à la merci d’un choc macro-économique comme par exemple une montée des taux d’intérêt, qui dégrade leurs bilans, et provoque des faillites. L’insolvabilité de certains établissements est susceptible de se propager aux autres par l’intermédiaire du système de règlement interbancaire où ils n’assurent plus leurs engagements. Cette crise bancaire est catastrophique pour l’économie car il s’ensuit en général un " crédit crunch " qui a pour objectif de restructurer les bilans des intermédiaires financiers, c’est à dire une restriction quantitative et indifférenciée du volume des crédits distribués, ce qui empêche un développement normal de l’activité économique. Du fait de la sélection adverse cette situation encourage les mauvais emprunteurs et évince les crédits productifs.

La majeure partie des pays développés ont connu leur crise bancaire, plusieurs méthodes étant proposées pour les résoudre :

Le " laisser-faire "désigne l’assouplissement temporaire des contraintes réglementaires auxquelles sont soumises les établissements de crédit, afin de leur laisser le temps de résoudre eux même leurs difficultés et d’éviter une mise en faillite immédiate. De même les autorités monétaires peuvent choisir d’assouplir les conditions de refinancement des banques en diminuant massivement les taux d’intérêt ou en ouvrant plus largement la fenêtre de l’escompte. Cette méthode, largement utilisée aux Etats-Unis et au Japon, constitue une solution appropriée lorsque les problèmes rencontrés sont seulement de type conjoncturel ;le risque existe toujours que le " laisser-faire " ne fasse que reporter les actions structurelles souvent nécessaires.

La liquidation désigne la méthode la plus radicale de résolution d’une faillite et consiste en la vente dissociée des actifs d’un établissement. Elle intervient généralement dans les cas de banque de petite taille dont la disparition ne risque pas d’entraîner de répercussions systémiques.

La méthode la plus utilisée pour résoudre une crise bancaire est la restructuration des bilans, qui regroupe un grand nombre de méthodes de résolutions, dont l’objectif commun consiste en l’assainissement des structures défaillantes, sans remettre en cause la survie de l’établissement. C’est le principe " too big to fail ", à savoir qu’on ne peut pas laisser tomber les grosses institutions sous peine de voir s’effondrer le système bancaire dans son ensemble. Les Etats-Unis durant toute la décennie quatre vingt ont vu se succéder les faillites des caisses d’épargnes et de nombre de banques, le FDIC le FSLIC n’avait pas seulement la charge d’assurer les dépôts, mais aussi de procéder à nombre d’opérations de restructuration de bilan comme des fusions, des recapitalisations, des nationalisations temporaires…La méthode la plus efficace pour résoudre une crise bancaire semble être la recapitalisation par l’Etat. Les pays scandinaves (Suède, Norvège, Finlande) ont connu également des crises bancaires graves entre la fin des années quatre vingt et le début des années quatre vingt dix, qui n’ont pu être enrayées uniquement par une intervention massive de l’Etat. Dans un autre cas de figure, en France, on ne voit pas de quelle façon l’ensemble de la place de Paris déjà très affectée par la crise immobilière et la récession, aurait pu assurer les déposants du Crédit Lyonnais au vu du montant astronomique de ses pertes. Seule une injection de fonds propres de la part de l’Etat français a permis là encore d’éviter la catastrophe. Actuellement, la crise bancaire japonaise qui dure depuis 1992, ne semble pas pouvoir être résolue sans une recapitalisation de la part de l’Etat, comme dans le cas Scandinave (Gérard Maarek).

Pour être efficace, l’intervention doit être rapide, transparente, et requiert des moyens budgétaires considérables, ce qui a été fait dans les pays scandinaves, au contraire du Japon ou de la France.

 

 

Nous venons de voir que les faillites bancaires, qu’elles proviennent d’illiquidité ou d’insolvabilité de certaines banques, sont très dangereuses, et peuvent facilement se propager à l’ensemble du système bancaire par le système de règlement interbancaire. Le crédit crunch provoqué par les faillites, ou seulement par la fragilité des bilans bancaires, est néfaste pour l’activité économique. Les autorités, pour faire face à ces risques de contagions introduisent plusieurs " garde-fous ":La garantie des dépôts pour empêcher les runs bancaires, des outils comme la restructurations des bilans bancaires en cas d’insolvabilité ou de fragilité excessive. Il existe d’autres moyens que nous allons voir dans les paragraphes suivants et qui sont directement liés aux crises de marché, les interventions du prêteur en dernier ressort, et les normes prudentielles et les modèles d’évaluation interne du risque.

 

 

Les échecs de marché

 

Le deuxième événement susceptible de provoquer une contraction suffisante de la liquidité pour avoir des conséquences sur l’économie réelle est bien entendu l’échec de marché au sens large, c’est à dire comprenant les crises boursières et les crises immobilières. Pour les auteurs monétaristes, une crise de marché n’est qu’un ajustement de l’offre et de la demande d’actifs. Cet ajustement n’a lieu qu’au sein de la sphère financière et n’a aucune influence sur l’activité économique réelle. Nombre d’économistes contredisent cette théorie et affirment au contraire que les marchés peuvent être incapables d’absorber les chocs quand il y a une variation excessive de prix par rapport à la valeur fondamentale des actifs. Ils menacent ainsi l’ensemble du système financier.

 

Comme nous l’avons déjà évoqué, le risque systémique issu des marchés financiers est relancé depuis la globalisation financière. L’époque de fortes réglementations bancaires et de cloisonnement des marchés avait quasiment fait disparaître cette menace pour les systèmes financiers.

Depuis la libéralisation financière, on assiste à la marchéisation des bilans de l’ensemble des banques. Les banques ont vu diminuer leurs dépôts en raison de la croissance des actifs liquides distribués par des organismes comme les OPCVM. Pour faire face à la baisse de leur ressources, elles se financent désormais sur les marchés en émettant des obligations pour se procurer des ressources à long terme, et des certificats de dépôt pour leur trésorerie et leur ressources à moyen terme. D’autre part, avec l’apparition des billets de trésorerie et la simplification des conditions d’accès sur les marchés, nombre d’entreprises ont la possibilité d’obtenir des financements directement sur le marché à des conditions plus avantageuses. Les banques sont les principaux acquéreurs de ces titres, de sortes qu’elles financent toujours majoritairement les entreprises, mais leurs emplois dépendent désormais directement de ces marchés. Elles détiennent un portefeuille titre conséquent soumis à un risque de variation de portefeuille important. De plus les banques sont très actives sur les marchés dérivés, elles seules ayant l’ossature financière suffisante pour se porter contrepartie. Cette activité hors bilan étant elle aussi très risquée comme nous le verrons en deuxième partie. L’ensemble de ces phénomènes conduit à une augmentation des montants échangés sur ces marchés.

L’intégration des marchés nationaux et internationaux couplée à une technologie perfectionnée permet à ces volumes croissants de se transférer d’un marché à l’autre quasi instantanément.

Ces mouvements massifs et rapides sont à l’origine d’une instabilité financière croissante, qui inquiète les opérateurs. Celle-ci se manifeste sur l’ensemble des marchés. Ainsi on a pu assister à des crises sur les marchés d’actions comme à Wall Steet en 1987, a des crises obligataires comme celle de 1994 ou bien des crises de change comme celles du Mexique en 1994 et d’Asie en 1997. Le facteur commun à ces baisses brutales de prix est qu’elles sont toutes précédées de la formation d’une bulle spéculative, les prix se déconnectent de leur valeur fondamentale, et lors d’un brusque retournement de l’anticipation collective, on assiste à des ventes massives qui ne trouvent pas de contrepartie sur le marché, entraînant une baisse des prix, et une évaporation de la liquidité sur le marché. Les organismes susceptibles de fournir de la liquidité au marché s’abstiennent d’intervenir, ne sachant pas à quel niveau le marché va se récupérer. Les agents pris par la crise cherchent vainement de la liquidité sur d’autres compartiments du marché, transférant le manque de liquidité sur ces segments.

La plupart des organismes subissent des pertes en capital ce qui entraîne des appels de marges de la part des chambres de compensation, poussant encore à la vente d’actifs en catastrophe, et accentuant la chute des prix. Les banques sont bien sur directement touchées par ces pertes en capital, soit directement par les titres qu’elles détiennent en portefeuille, soit indirectement par des titres constituant la garantie de prêts accordés à des agents financiers déclarés en faillite à cause de la crise. Cette situation peut donc les rendre illiquides, voir insolvables, si elles doivent assurer des engagements comme le remboursement de certificats de dépôts non renouvelés du fait de la transmission de l’évaporation de la liquidité aux autres marchés ou l’obligation de souscription aux appels de marges des chambres de compensation…

Pour éviter l’effondrement du système bancaire dans ces situations extrêmes, la banque centrale intervient comme prêteur en dernier ressort afin de fournir de la liquidité aux banques illiquides. Par contre les banques insolvables ne devrons pas bénéficier de cette intervention, ce qui n’est pas aisé, car il est très difficile de distinguer en période de crise l’illiquidité de l’insolvabilité. Dans la pratique, c’est encore le principe du " too big to fail " qui s’applique, la banque centrale fournissant largement la liquidité à ces grosses banques dont la faillite ne ferait qu’envenimer d’avantage les événements. Ce qui est caractéristique de l’intervention du prêteur en dernier ressort, c’est que c’est un acte qui viole la logique du marché par un report de la contrainte de paiement, cet acte hors marché assurant la perpétuation du fonctionnement de ce dernier.

On pourrait penser que l’intervention de la banque centrale ne doit se limiter qu’à l’apport de liquidité aux banques en période de crise, lorsqu’elles sont directement menacées d’illiquidité. Ces interventions constituent une création monétaire difficilement stérilisable et donc potentiellement inflationnistes. Mais des crises boursières provocant une pénurie de liquidité qui ne concernerait pas les banques mais les autres agents financiers, sont toutes aussi dangereuses. Durant le crack boursier d’octobre 1987 à Wall Street, le plus grand danger n’a pas été l’effondrement des prix du 19 octobre, en dépit des pertes en capital encourues, mais l’évaporation de la liquidité le 20 octobre, qui a menacé de paralysie la compensation et le règlement dans les marchés des actions et dans les marchés dérivés associés. En effet, pour maintenir le marché boursier et le marché associé des contrats à terme sur indice boursier en état de fonctionner, les maisons de titres opérant en qualité de teneur de marché devaient avancer des montants gigantesques de crédit pour les appels de marge de leurs clients, c’est à dire pour que ces clients puissent reconstituer les dépôts de garantie indispensables au fonctionnement des marchés à terme. Ces teneurs de marché avaient quant à eux un besoin immédiat de montants énormes de liquidité pour financer les contreparties des ordres de ventes en sorte que soit trouvé un prix planché, où un courant acheteur puisse se matérialiser. Mais les banques étaient inquiètes de la santé financière de ces firmes, elles étaient donc peu désireuses de fournir aux maisons de titres les liquidités indispensables pour que les marchés continuent à exister. On pouvait craindre que la faillite de ces firmes ne détruise la totalité des systèmes de règlement des titres et, du fait des interconnexions de réseaux, ne paralyse le systèmes de paiements interbancaires. Or les maisons de titres ne sont pas sujettes à l’intervention du prêteur en dernier ressort.

Alan Greenspan, le président de la FED (réserve fédérale américaine) diffusa un communiqué annonçant que la FED se tenait prête à offrir la liquidité nécessaire pour soutenir le système financier. L’intervention rassura les banques qui prêtèrent largement aux teneurs de marché, évitant la paralysie des marchés et permettant une récupération à la bourse de New York.

On était bien dans une situation où la banque centrale fournissait de la liquidité aux banques pour que celles-ci refinancent les maisons de titres.

Il existe un deuxième type d’intervention de prêteur en dernier ressort, c’est celle du Fond Monétaire International. Le FMI intervient quant la crise est telle que la banque centrale seule n’a pas les moyens d’intervenir efficacement pour fournir la liquidité nécessaire à la reprise du marché, ce qui va de pair, en général, avec une grave crise bancaire dans le pays touché par la crise. Le FMI met en place un plan de sauvetage, avec des prêts a des taux intéressants, en contrepartie de réformes structurelles. Ce fut le cas au Mexique en 1995, mais également en Asie (Thaïlande, Corée, Indonésie), après le crack d’octobre 1997.

 

 

Parallèlement à l’ensemble des différentes mesures qui ont été prises par les autorités de tutelles afin de stopper la propagation d’une crise bancaire ou de marché à l’ensemble du système financier, les Etats ont développé en complément, par l’intermédiaire d’organismes comme le Comité de Bâle ou l’Union Economique Européenne, une politique prudentielle qui a pour objectif de prévenir les comportements générateurs de risques afin d’éviter les accidents financiers locaux.

En 1988, le Comité de Bâle préconisait l’instauration du ratio de solvabilité ou ratio Cook, qui oblige les banques a détenir 8% de ses engagements, pondérés par ses risques, en fonds propres. En cas de pertes pour la banque, seuls ses fonds propres sont susceptibles de les " amortir ". Quand les pertes ne peuvent plus être couvertes par les fonds propres, la banque est déclarée insolvable, d’où l’intérêt de ce ratio qui ne permet pas à une banque de prendre des risques inconsidérés, ses engagements devant être couvert en partie par des ressources longues ou du capital.

Le problème de ce ratio est qu’il ne prend pas en compte les différents risques de marché (risque de perte due à une variation générale et inattendue des cours du marché ou des taux d’intérêt). Or, comme on a pu le voir, les banques sont désormais très impliquées sur les marchés, et subissent les risques inhérents à ces derniers à leur bilan, mais également au hors bilan. La forte instabilité financière qui caractérise les marchés depuis plusieurs années en entraînant des crises boursières à répétition, rend ces risques particulièrement présents, et ne pas les prendre en compte dans le contrôle prudentiel rend celui-ci inefficace. C’est pour cette raison que le 1 janvier 1996, la DAC adoptait le ratio de solvabilité européen (RSE) pour l’ensemble des pays de l’Union Européenne. Il prend en compte, en plus des risques de contrepartie, les risques de marchés dans l’adéquation des fonds propres.

Mais au vu de la complexité croissante de la finance de marché, ce ratio a été fortement critiqué du fait de la non-conformité avec la réalité de marché de ses coefficients standards, en particulier pour les produits dérivés. Désormais, on évolue vers une démarche d’inspiration américaine, approuvée par le Comité de Bâle, qui préconise une évaluation du risque par les modèles internes développés par les banques, celles-ci étant plus à même d’évaluer correctement les risques complexes et évolutifs des marchés.

L’adoption du principe d’autocontrôle modifie radicalement le rôle du superviseur, dans la mesure où, sa tache essentielle va consister à contrôler la qualité des modèles utilisés par les intermédiaires financiers. Le Comité de Bâle a fixé en avril 1995 les conditions à la fois qualitatives et quantitatives de mise en conformité des modèles internes d’évaluation du risque utilisés par les banques pour déterminer l’adéquation de leurs fonds propres. Pour que sa méthode soit agréée , la banque doit posséder une unité de gestion du risque indépendante et doit rendre compte directement et quotidiennement au senior management. Le système de mesure du risque et les techniques utilisées doivent être bien explicités et soumis régulièrement à l’audit d’experts indépendants. L’analyse du risque doit être complétée par des tests de " stress " périodiques , les résultats devant être visés par le senior management. Cette reconnaissance du contrôle interne par les autorités s’appuie sur un renforcement des contraintes organisationnelles pesant au niveau interne des firmes. Au niveau des opérations de marché la banque doit avoir une séparation stricte entre le front et le back office, et au niveau des opérations de crédits, les autorités imposent la constitution d’un comité interne d’évaluation des risques véritablement indépendant. Par ailleurs, les procédures de report des informations sur les difficultés internes des entreprises tant au plus haute strates du management, qu’au régulateur, doivent être strictement définies et systématiquement activées. Le superviseur doit avoir la charge du contrôle de l’application de ces règles d’organisation interne.

Aujourd’hui, aussi bien les banquiers que les superviseurs considèrent que l’utilisation des modèles internes Value At Risk est la meilleure méthode disponible pour évaluer le risque journalier d’exposition sur plusieurs marchés et plusieurs produits, tant pour les banques, les compagnies d’assurance, que les maisons de titres.

 

 

L’incident dans les paiements ou dans les règlements

 

Le troisième événement susceptible d’entraîner une contraction de la liquidité suffisante pour avoir des répercussions sur l’économie réelle est un problème dans les paiements ou dans les règlements.

Au sein du réseau des paiements interbancaires, on est en présence de la forme la plus grave de risque systémique. Une banque insolvable qui ne peut y assurer ses engagements, par exemple au sein du système de compensation des chèques, menace directement d’illiquidité les autres banques .

Les paiements associés aux transactions sur titre et aux transactions de change sont ceux dont le volume augmente le plus parmi les paiements de gros montants. Les montants sont désormais astronomiques, et les transactions sont de plus en plus récurrentes. Les risques que l’une ou l’autre des branches d’un paiement ne soit pas exécutée et les risques que le règlement de la position d’un intermédiaire ne puissent se faire ont augmenté avec les volumes échangés et le nombre de participants. Le risque que le défaut d’une institution à payer une contrepartie ou à régler sa position à la chambre de compensation en entraîne d’autres dans sa chute a lui augmenté.

On distingue deux normes qui stipulent le protocole de règlement : la temporalité du règlement, à savoir s’il est brut (réaliser le règlement des instructions de paiements dans l’ordre où elles arrivent), ou net (régler simultanément le solde de l’ensemble des opérations sur la période de compensation), et la validation du règlement, c’est à dire s’il est irrévocable (les bénéficiaires des règlements en sont crédités même si les débiteurs sont incapables de régler leur position nette auprès de l’agent central de règlement), ou révocable (les paiements qui concernent un participant incapable d’effectuer le règlement final de sa position sont annulés), ce qui entraîne une nouvelle compensation et donc de nouvelles position à régler.

Lorsque le règlement est révocable (donc également net), le défaut d’une banque entraîne révocation de ces paiements et une nouvelle compensation qui s’avère extrêmement dangereuse, car elle peut provoquer le défaut d’une autre banque qui n’avait peut être rien à voir avec la première banque. Le système bancaire peut subir des faillites de proche en proche, car à chaque nouvelle faillite, il y a une nouvelle compensation.

Si le règlement est net et irrévocable, une banque peut être en défaut pour des montants très importants. Le risque est systémique parce qu’il se reporte sur la contrepartie centrale. Il faut une intervention du prêteur en dernier ressort pour sauvegarder la liquidité de la contrepartie centrale.

Lorsque le règlement est brut, il est logiquement irrévocable. L’agent central de règlement est exempt de risque de crédit, les paiements n’étant effectués qu’après approvisionnement des comptes des débiteurs. Cependant les règlements successifs dépendent les uns des autres au sein d’une même journée. Il faut, en effet, que la liquidité soit disponible au moment où les ordres de paiements sont présentés sous peine de geler les paiements des banques qui attendent d’être créditées pour pouvoir exécuter elles mêmes des ordres de paiement en souffrance. Le risque systémique peut donc exister, il prend la forme d’une paralysie des paiements de proche en proche par manque de liquidité.

On voit qu’au sein des systèmes de paiements, il existe constamment une potentialité de risque systémique. Les organisme internationaux préconisent tout de même des systèmes de règlement irrévocables, parce qu’ils séparent les risques d’illiquidité et les risques de crédit. Cependant, les systèmes les plus fréquents sont nets et irrévocables. Dans ces systèmes où la compensation à lieue en fin de journée, les banques avaient toute latitude d’accumuler des découverts intra-journaliers gratuits et considérables. Les banques centrales ont imposé des limites à ces découverts, dans les systèmes où elles exercent le rôle d’agent ultime de règlement.

Le système à règlement brut et en temps réel semble donc plus sûr, car il évite des compensations en fin de journée qui peuvent s’avérer très dangereuses, même s’ils ont un coût pour les banques qui doivent constamment se fournir en liquidité. Pour éviter le risque systémique d’une paralysie de proche en proche des intervenants par manque de liquidité propre à ce type de règlement, les banques centrales ont la possibilité de fournir des avances intra-journalières illimitées et sans intérêt, contre collatéral, dans les systèmes où elles sont la contrepartie centrale. Les banques peuvent donc remplir leur service de paiement avec fluidité, sans que la liquidité leur soient trop coûteuse. Les banques centrales de l’union européenne ont donc choisi ce système de règlement pour les paiements de gros montants. Une forme dévastatrice de risque de système, la contagions en chaîne des défauts au règlement , est donc abolie.

Au niveau des règlements sur titres, les transactions sont vulnérables au risque qui découle entre la dissociation de leurs deux branches : la branche du paiement( flux de monnaie), et la branche du transfert de droit de propriété(livraison du titre). Le risque se réalise lorsqu’un des éléments de la transaction est manquant au moment du règlement. Pour éviter ce type de problème susceptible, pour des transactions importantes, d’avoir des résonances systémiques, les autorités mettent en place des systèmes de livraison contre paiement (LCP). Ces systèmes déjà présents aux Etats-Unis pour les titres du trésor dans Fedwire, devrait se développer.

Pour les règlements des transactions de change, qui constituent un risque énorme au vu des montants, des initiatives essayent de mettre en place des systèmes de paiement contre paiement (PCP).

 

 

L’ensemble des moyens mis en oeuvre pour stopper la propagations des accidents financiers susceptibles de se propager à l’ensemble du système financier, que ce soient des crises bancaires, des crises de marché, des incidents dans les systèmes de règlement ou de paiement, ou bien une combinaison de ces facteurs, sont aussi nombreux qu’indispensables. Les normes prudentielles, l’intervention du prêteur en dernier ressort, la garantie des dépôts, les méthodes de résolution des crises bancaires comme la restructurations des bilans bancaires, les systèmes de réglement bruts en temps réèl, ou les systèmes LCP et PCP, constituent une politique qui a montré son efficacité en évitant la réalisation d’un risque systémique, mais comme nous allons le voir, les problèmes demeurent.

 

 

2ème partie

 

 

Malgré toutes les mesures déployées en véritable filet de sécurité des systèmes financiers, on assiste malheureusement à une montée du risque systémique. Il est vrai que déployer une politique prudentielle efficace est difficile. En effet, celle-ci apparaît en général après des accidents qui révèlent un mauvais fonctionnement des marchés financier ou des systèmes bancaires. Nombre d’économistes et de praticiens comme Jeffrey Sachs (professeur à Harvard), Georges Soros (un des plus célèbres spéculateurs boursiers), ou même Allan Greenspan( président de la FED), ne cessent d’affirmer que les marchés sont devenus incontrôlables, et constituent une menace pour le système financier international. La crise thaïlandaise, et sa propagation aux autres pays du sud est asiatique, avec toutes les conséquences qu’elles aurait pu entraîner en plus pour le système financier international, est là encore l’accident qui rappelle à tout le monde que cette menace est bien réelle, et potentiellement très destructive. Les pays du G7 réunis mi-avril 1998 à Washington s’interrogent sur les réformes à venir. Avant d’évoquer les différentes mesures préconisées pour accroître la stabilité des systèmes financiers, nous allons d’abord expliquer les facteurs d’accroissement du risque systémique non soumis à la réglementation prudentielle.

 

 

Le rôle des investisseurs institutionnels dans l’instabilité financière

 

L’instabilité financière actuelle provoque une augmentation du risque systémique. Les crises boursières successives montre l’incapacité actuelle des pouvoirs publiques a mettre en place une réglementation prudentielle suffisamment efficace pour empêcher les mouvements de capitaux spéculatifs de court terme très volatiles, la " hot money ". En effet, ces capitaux facilitent le développement des bulles spéculatives, et donc des retournements brutaux de marché qui peuvent les suivre.

L’attitude des investisseurs institutionnels ne semble pas exempte de critiques. Les investisseurs institutionnels gèrent une épargne contractuelle qui induit à leur passif des engagements de longue durée. La délégation de la gestion des fonds pose un sérieux problème principal-agent. Comment les gestionnaires sont-ils contrôlés ? Quels critères sont appliqués pour juger leur performance ? Il est impossible de dresser des contrats incorporant à priori des obligations qui contraignent les gestionnaires à agir optimalement dans l’intérêt de leur mandant sur 25 ans ou plus. On ne peut pas imposer réglementairement des limites strictes à la structure des portefeuilles. Cela restreint la concurrence et met le gestionnaire dans la position confortable de pouvoir agir dans son propre intérêt plutôt que dans celui des épargnants, notamment en prélevant des commissions prohibitives. Mais le développement rapide de l’épargne contractuelle a intensifié la concurrence, notamment dans les pays anglo-saxons, entraînant une forte exigence des épargnants pour réduire l’asymétrie principal-agent. Cela c’est traduit par un raccourcissement des contrats de gestion et par l’affichage fréquent des performances avec la rémunération des gestionnaires liées à la valeur de marché des fonds investis.

Les dispositions utilisées pour réduire le conflit principal-agent entraîne un comportement qui, dans certaines conditions, peut accroître la volatilité des marchés de capitaux. L’élan moutonnier est une de ces caractéristiques. Parce qu’ils doivent montrer la bonne qualité de leur gestion à court terme, les gestionnaires de fonds prennent en compte les choix de leurs concurrents, soit parce qu’ils imitent directement comme nous le verrons plus loin, soit parce qu’ils reçoivent les mêmes signaux. Cela entraîne des vagues collectives d’achat ou de vente des même actifs. Un autre mécanisme de contrôle qui peut entraîner une forte volatilité est l’évaluation fréquente de la performance des fonds relativement à la moyenne du marché. La similarité des comportements résulte de la crainte d'afficher une performance inférieure à celle du marché. Les opérateurs sont donc incité à adopter des portefeuilles de même structure, et a ne pas rechercher des informations à long terme sur les fondamentaux des actifs. Il recherche à deviner avant les autres l'information à laquelle les autres vont réagir dans l'avenir proche.

Une autre force qui conduit à des pressions à sens unique sur les marchés, concerne particulièrement les fonds communs de placement, sensibles à des brusques préférence pour la liquidité de la part des porteurs de ces parts. Lorsqu’il y a un courant de vente de ces parts, les gestionnaires de ces fonds doivent immédiatement liquider des actifs pour les racheter.

En définitive, les gestionnaires de fonds ne peuvent se permettre d’ignorer un changement d’opinion de marché, quelle que soit leur propres prévisions, même si le changement est perçu comme étant de courte durée et réversible.

 

Nous venons de voir pourquoi, et de quelles manières les investisseurs institutionnels provoquaient des flux de capitaux à court terme, très spéculatifs, et qui évoluaient généralement dans le même sens. Ce type de comportement n’est absolument pas découragé, tout du moins actuellement, par les autorités de tutelles.

 

Nous allons maintenant expliquer les processus qui aboutissent, selon la théorie économique, à la création des bulles spéculatives. Deux facteurs quant à eux semblent expliquer la naissance et l’évolution des bulles spéculatives.

Les opérateurs ne possèdent pas tous la même information sur les marchés, il existe des asymétries d’information. Or un agent qui possède peu d’information, aura intérêt à suivre les initiés dans leurs transactions pour essayer de bénéficier indirectement de leurs informations. De la même manière, un opérateur qui voit un concurrent effectuer une transaction, a intérêt à le suivre pour bénéficier d’une hypothétique information que le concurrent serait susceptible d’avoir. Ces comportements mimétiques, lorsqu’il sont effectués à grande échelle, sont très déstabilisateurs pour le marché, ils déconnectent les prix des actifs de leurs valeurs réelles du fait des excès d’ordres qui vont tous dans le même sens. Les prix ne reflètent plus à ce moment les informations pertinentes disponibles, donc la valeur fondamentale des actifs. C’est de cette manière que les économistes vont expliquer la naissance d’une bulle spéculative.

Nous allons maintenant voir pourquoi ces bulles suivent ces évolutions qui semblaient irrationnels( gonflement de la bulle, puis crise boursière).Comme l’avais déjà écrit Keynes, l’évolution du marché est déterminer par l’opinion collective, donc ce qui est important c’est de l’anticiper. Un opérateur plus initié que les autres qui perçoit une évolution de l’économie réelle qui n’est pas en accord avec celle des marchés, n’a aucune raison de se positionner en fonction des valeurs fondamentales des actifs, s’il anticipe que l’opinion collective ira en sens opposé. En d’autre terme, il est rationnel pour un opérateur d’acheter un actif déjà surévalué, si la rémunération susceptible d’être réalisée compense le risque d’exposition à la chute du marché. C’est de cette façon que la bulle va gonfler, permettant aux prix de se surévaluer par rapport aux variables réelles, alors que nombre d’agents sont conscients de cette surévaluation.

 

Or dans un contexte de mobilité quasi parfaite des capitaux, où la pluspart des opérateurs suivent une logique de court terme, les flux de capitaux parcourent la planète à la recherche du marché le plus propice à des profits rapides. C’est ainsi qu’on a pu assister à l’arrivée massive de capitaux au Mexique dans les années quatre vingt dix dans une optique spéculative de court terme, faisant fortement montée les cours. Cette euphorie attire à son tour de nouveaux capitaux, et on assiste à la formation d’une bulle. Les agents ne se fit plus à la sphère réelle, mais seulement à l’opinion collective, celle-ci anticipant une montée des prix du fait de l’arrivé des nouveaux capitaux. Cette déconnexion des prix entraîne tôt ou tard un réajustement. Or le propre de la bulle spéculative, c’est que quand elle crève, personne ne sait à quel niveau le marché va se récupérer. Lorsque la crise éclate, les capitaux spéculatifs de court terme fuient ces marchés aussi vite qu’ils sont arrivés, aggravant la chute des prix bien au delà de la valeur fondamentale de ces titres. Dans le cas Mexicain, la gravité de la situation s’est trouvée dans la menace de défaut de paiement du pays. En effet, le Mexique était endetté principalement à court terme, et pensait pouvoir renouveler ses engagements, ce qui ne fut pas le cas du fait de la crise. Une intervention massive du trésor américain et du FMI a permis d’éviter ce scénario catastrophe pour la finance mondiale.

Dans le cas de la crise asiatique d’octobre 1997, on se rend compte que ces pays émergents ne possédaient pas les infrastructures juridiques et politiques des grandes démocraties occidentales. Que le pouvoir y était parfois concentré au sein d’oligopoles familiales (cas de l’Indonésie), que le secteur bancaire thailandais était au bord de la faillite et que le gouvernement ne suivait pas les recomandation du FMI, que l’immixtion de l’administration et des partis politique dans la vie des entreprises était fréquente (en Corée). Mais les opérateurs ne pouvaient pas ignorer tous ces faits. L’afflux de capitaux dont bénéficiait ces pays en présence de ces déséquilibres, ne pouvait " assainir " la situation, mais seulement l’empirer. De plus ces économies faisant face à un véritable surplus de capitaux ne pouvaient pas toutes les affecter dans des activités productives, par exemple en créant des bulles immobilières comme en Thaïlande, aggravant d’autant plus les fragilités. L’aveuglement de nombres d’opérateurs face à cette situation prouve que, bien que le manque de transparence soit patent, ils n’ont pas désirer obtenir des informations sur les fondamentaux car la plupart n’obéissaient qu’a une logique de court terme qui ne s’intéresse pas aux fondamentaux, mais seulement aux " humeurs " du marchés.

 

Nous venons de voir quelle importance avait les investisseurs institutionnels dans les flux de capitaux spéculatifs de court terme, et quelle influence ces flux ont au sein de comportements mimétiques dans la formation de forces déséquilibrantes sur le marché qui aboutit à la création de bulles spéculatives. Or le dégonflement de ces bulles, qui se traduit en général par une crise, devient de plus en plus dangereux par la violence du choc, et donc des pertes brusques en capital qui s’ensuivent, mais surtout par sa propagation aux autres marchés du fait de l’interconnexion de ces derniers. En 1994, il y avait bien eu " l’effet tequila ", c’est à dire la transmission de la crise mexicaine à d’autres économies émergentes, mais c’était sans commune mesure avec la transmission de la crise de change thaïlandaise d’octobre 1997 aux autres pays de la zone comme la Corée, la Malaisie, ou l’Indonésie. Même les spéculateurs professionnels comme Georges Soros, affirment avoir été surpris par la vitesse de propagation de la crise. Les autorité monétaires internationales semblent pourtant incapables de remédier à cette montée du risque systémique directement issue de la globalisation financière, tout du moins dans un avenir proche.

 

 

 

L’influence des marchés dérivés

 

Un autre facteur semble également de toute importance dans la monté du risque systémique apparue depuis plusieurs années, c’est le rôle des marchés dérivés dans la propagation et l’amplification des risques de marché. Sur ces marchés l’intermédiation de marché y est très concentrée. Dans leur fonctionnement normal, cette concentration n’est pas un inconvénient, au contraire. Elle résulte des économies d’échelles et de gammes, à travers l’expertise technique et les systèmes de gestion des risques, qui permettent normalement à des firmes de grandes tailles de mieux diversifier les risques. En dehors des situations de crise, ces marchés sont liquides :les intermédiaires qui prennent des positions en contrepartie de celles de leurs clients peuvent redistribuer le risque entre eux d’une part, entre leur groupe et le reste du marché d’autre part, pour ne conserver qu’un risque net mesuré. Or dans une période de crise, des brusques évaporations de liquidité peuvent survenir sur les marchés dérivés, les banques ne veulent plus fournir les produits de couverture, et elles s’empressent de couvrir elles mêmes leurs risques potentiels provenant des produits déjà émis par des couvertures dynamiques sur les actifs sous-jacents, qui propage la tension d’un marché à l’autre.

On peut citer comme exemple la crise du SME en 1992. De nombreux investissements avaient été réalisés en Italie du fait de ses taux d’intérêt attractifs. Son appartenance au SME rassurait les investisseurs. Ces derniers s’étaient couverts par des options de change, afin de séparer le risque de taux et le risque de change. Ces options étaient " dans la monnaie " à la limite de la bande de fluctuation de la Lire au sein du SME. Les banques s’étaient portées contrepartie de ces options. Le retournement des anticipations a entraîné la crise, la Lire est sortie de sa marge de fluctuation, et les options sont devenues dans la monnaie. Une crise de liquidité apparu sur ce marché. L’ensemble des banques dû recourir à des couvertures dynamiques sur le marché des changes, ce qui accentua la chute de la devise italienne, transférant ainsi le manque de liquidité du marché optionnel vers le marché des changes.

Le manque brutal de liquidité qui peut apparaître sur ces marchés étroits, ou les teneurs de marché sont concentrés, se propage sur les marchés sous-jacents, amplifiant la crise. Les instrument de couverture des risques, qui en théorie devrait être stabilisateur pour les marchés, vont, dans des conditions extrêmes, amplifier la crise. Il semble que les autorités n’aient pas de solutions à apporter à ce problème.

 

Parmi les marchés dérivés, les marchés de gré à gré sont soumis à bien plus de critiques, révélant des fragilités structurelles potentiellement très dangereuses. En effet, ces marchés souffre d’une absence quasi totale de transparence. L’écart s’est amplifié entre l’aptitude des intermédiaires de marché à gérer leur propre risque de volatilité, au vu des progrès accomplis dans les pratiques de mesure et de contrôle interne des risques de marché, et leur inaptitude a estimer les risques de contrepartie, par méconnaissance de l’exposition au risque des autres participants. Or sur ces marchés, l’absence de chambre de compensation implique que ce sont les participants qui supportent l’intégralité du risque de crédit. Dans des conditions de stress, notamment, la suspicion sur la situation financière des partenaires est plus propice au déclenchement des ventes à sens unique si l’information disponible est trop pauvre pour distinguer les degrés d’exposition individuelle au risque ;

De plus, l’absence de chambre de compensation implique également un risque de contagion entre les agents financiers opérant sur ces marchés bien plus important.

 

 

L’apparition de conglomérats financiers

 

A ces facteurs d’accroissement du risque systémique non soumis à la réglementation prudentielle que sont les stratégies à court terme des investisseurs institutionnels et les problèmes inhérents aux marchés dérivés, principalement de gré à gré, il existe un dernier phénomène, qui résulte, en partie, de la montée constante de la concurrence qui s’instaure depuis plusieurs années dans tous les compartiments financiers, que ce soit au niveau des maisons de titres, des assurances, où des banques, c’est l’apparition de conglomérats financiers, c’est à dire d’organismes qui ont des activités dans au moins deux compartiments du système financier. Le phénomène de bancassurance en est un exemple bien connu. On peut déjà dire que cette évolution des agents financiers, qui s’inscrit dans la logique de concentration à laquelle on assiste depuis plusieurs années, n’est pas hors du champs de la réglementation prudentielle, les autorités ayant déjà pris quelques mesures. Mais, celles-ci sont loin d’être suffisantes, c’est pourquoi nous abordons ce phénomène dans cette partie, les risques que sont susceptibles de faire peser ces " monstres " étant particulièrement importants.

Pour expliquer la concentration des activités financières en générale, et la formation de conglomérat financier qui nous intéresse plus particulièrement ici, nous pouvons dire que les agents financiers ont rechercher des économies d’échelle en procédant à des fusion-acquisitions. Ils souhaitaient accroître ainsi leurs parts de marché. Les banques, plus particulièrement, ont chercher également à diversifier leurs activités, afin de trouver des nouveaux segments de marché, pour faire face à la surcapacité existante sur certaines activités traditionnelles. On voit apparaître l’essor de la bancassurance, les banques se mettent désormais à distribuer des produits d’assurance, et inversement. On voit également des fusions de toutes sortes, la plus récentes, et une des plus impressionnantes, est le rapprochement annoncé aux Etats-Unis début avril 1998 entre la banque commerciale Citicorp et le groupe de services financiers Travelers. Ils constitueront le premier groupe financier mondial, Citigroup, avec un total de bilan de près de 700 milliards de dollars.

Le développement des conglomérats financiers posent un problème systémique. En effet, les risques dont ils sont porteurs sont bien souvent supérieurs à la somme des risques propres de chacune de leurs composantes.

Il y a en premier lieu la possibilité d’une comptabilisation multiple des fonds propres. Les exigences de capitalisation peuvent être respecter individuellement, mais pas pour l’ensemble du groupe : les mêmes fonds propres peuvent couvrir simultanément les exigences de capitalisation de plusieurs membres du groupe. Un risque de sous capitalisation entraînerait une plus grande fragilité du conglomérat face à des pertes, ce qui serait très dangereux au vu de la taille de ces intervenants.

Il peut exister un risque d’exposition excessive face à une contrepartie. Là encore, individuellement, chaque entité du groupe peut respecter les règles prudentielles la concernant quant à son exposition par rapport à une contrepartie, mais on peut assister à une surexposition du conglomérat dans son ensemble, si plusieurs de ses membres sont fortement exposés sur une même contrepartie.

On assiste également à un risque de contagions à l’intérieur des conglomérats. Celle-ci peut s’effectuer de deux manières différentes : elle peut être psychologique, si les difficultés d’un membre entraînent un tarissement et un renchérissement des financements pour l’ensemble du groupe. Elle peut aussi résulter d’une position intra-groupe, s’il existe de multiples positions croisées au sein du conglomérat, avec des créances détenues par les différentes entités les unes sur les autres. Le risque de contagion intra-groupe, qui se traduirait par un effet domino, est ici patent.

Il existe également un risque de contournement de réglementation. Il peut aisément s’opérer via le transfert d’activités vers des composantes pas ou peu réglementées. A cela s’ajoute la dimension d’arbitrage géographique, dans la mesure où les disparités réglementaires d’un pays à l’autre pour un même type d’institution peuvent être une source d’avantage concurrentiels indus, mais également source de fragilités par rapport au risque.

Enfin, le conglomérat financiers peut accroître l’aléa moral. En effet, ceux qui incorporent une banque, notamment si elle est de grande taille, perçoivent la protection du prêteur en dernier ressort, ce qui peut les inciter à prendre plus de risques dans les autres activités du conglomérat, sachant que cette intervention aura lieue, du fait de l’existence de la banque.

 

Les autorités de tutelle tentent bien d’adapter leur politique prudentielle, mais la tache n’est pas facile.

Dans l’Union Européenne, La directive sur les services d’investissement ( DSI ), entrée en vigueur le 1er janvier 1996, doit permettre de réduire les distorsions de concurrences entre banque et non banque en leur donnant un cadre réglementaire d’action commun ( principe de la reconnaissance mutuelle et de l’agrément unique). La directive sur l’adéquation des fonds propres ( DAC ), également entrée en vigueur le 1er janvier 1996, vise elle aussi à limiter les distorsions de concurrence entre banque et non-banque en faisant converger leurs normes de solvabilité dès lors que les intermédiaires financiers proposent les mêmes types de produits financiers et s’exposent aux même types de risques de marché. Cette directive tente donc de mettre en place un ratio de solvabilité européen, traitant des risques de marché, et s’appliquant à l’ensemble des agents financiers concernés par ces risques.

La surveillance des conglomérats financiers passe forcement par une coopération entre les superviseurs, l’arbitrage entre les réglementations s’effectuant bien trop facilement aussi bien au niveau national, qu’international. L’Union Européenne, par sa seconde directive de coordination bancaire, pose les principes de l’agrément unique et de la surveillance par le pays d’origine, accorde une large place à la coopération et aux échanges d’informations entre autorités de supervision bancaire. Mais cette coopération est loin d’être suffisante, en effet, les autorités de surveillances des différentes institutions, banques, maisons de titres, et assurances sont indépendantes, et n’ont que peu de relations coopératives. Les conglomérats sont donc soumis à des autorités de tutelle segmentées, qui n’échangent que peu d’informations, et qui sont donc incapables de contrôler le groupe séparément. L’Union Européenne a engagé un travail sur le sujet, la directive dite anti-BCCI, entrée en vigueur depuis juin 1995, a conduit à un renforcement de la surveillance sur une base consolidée des groupes bancaires dont la société mère n’est pas un établissement de crédit, et cela notamment par une coopération plus étroite des autorités en charge de la surveillance des différentes catégories d’intermédiaires financiers. Mais de nombreux problèmes demeurent, car bien que les superviseurs bancaires de l’ensemble des pays développés pratiquent de longue date les échanges d’informations, cette pratique ne s’effectue que depuis peu de temps pour les superviseurs de marché, les superviseurs d’assurance accuse quant à eux un retard considérable. De plus les premières mesures réglementaires ne concernent que les pays européens, les conglomérats hors UE étant totalement exclus de ces mesures prudentielles. Le risque systémique provenant de la défaillance d’un conglomérat étranger n’étant pas moins dangereux.

Cette amélioration de la supervision des conglomérats ne peut passer que par une amélioration de la transparence de la part de ces organismes. Cette transparence aura pour objectif de réduire les asymétries d’information entre superviseur et supervisé, ce qui passe non seulement par une augmentation des contraintes de divulgation de l’information des banques et autres sociétés financières aux autorités de surveillance, mais également par la levée des obstacles existant au partage de l’information prudentielle entre les superviseurs impliqués, y compris sur les positions intra-groupe.

 

Pour se rendre compte de l’importance que revêt la coopérations entre superviseurs pour une surveillance efficace des conglomérats financiers, afin d’éviter des comportements qui viseraient à " limiter ", par le contournement de réglementations, l’influence des normes prudentielles, nous pouvons prendre l’exemple de la Barings. Cet exemple est intéressant justement parce que ce n’est qu’une banque, ce qui nous laisse imaginer ce qui se serait passé s’il avait été question d’un conglomérat financier de grande taille. De plus il est question de comportement frauduleux qui ont été possible du fait que Nick Leeson, le tradeur de la Barings à Singapour, était lui même son propre superviseur, et qu’aucun contrôle interne de la part du siège à Londres n’est venu mettre à jour les positions ouvertes de la part de son opérateur. Nick Leeson a pris des positions spéculatives sur le cours du Nikkei, en faisant croire qu’il effectuait des arbitrages couverts entre Osaka et Singapour. Les contrats étaient des options straddle sur des futures de l’indice Nikkei, contrat hautement spéculatif, avec pertes potentielles illimitées. Il n’y a eu aucune coopération entre les bourse de Singapour et d’Osaka, alors qu’elle traitaient les mêmes produits, et qui aurait pu facilement éviter le désastre. La faillite de la banque aurait pu provoquer la chute du Simex, qui aurait eu des conséquences bien plus désastreuses que le désordre causé sur les marché d’Osaka et de Singapour.

 

 

 

 

Malgré l’ensemble des mesures prises par les autorités pour limiter le risque systémique, on a vu qu’il est encore bien présent, et qu’il s’est même accru. Les interventions du prêteur en dernier ressort pour stopper les crises d’illiquidité susceptibles de faire effondrer le système financier, la garantie des dépôts comme "assurance " contre les runs bancaires, la restructuration des bilans, et principalement la recapitalisation par l’Etat, comme outil contre les crises bancaires, les ratios de solvabilité, mais aussi les ratios de liquidité, de division des risques, de ressources longues, comme normes prudentielles pour éviter les expositions excessives des intermédiaires financiers par rapport aux risques, l’instauration de systèmes de paiement et de règlement moins enclins au risque de contrepartie, et donc au risque de transmission à d’autres agents financiers d’un manque de liquidité qui pourrait s’avérer redoutable ; toutes ces mesures, qui traduisent la bonne volonté des autorités de tutelles des pays développés dans la recherche de parades efficaces contre la propagation des accidents financiers, ne cachent pas les nombreuses failles qui existent dans le système, et tout particulièrement celles révélées par la montée de l’influence des marchés comme vecteur de propagation du risque systémique. Comme nous l’avons déjà dit, une politique prudentielle efficace est difficile à mettre en place, car elle intervient en général après un accident qui révèle la carence du système. Mais de nombreux accidents arrivés depuis le début des années 1990, nous rappellent que le comportement des spéculateurs à court terme sur les marchés boursiers, et tout particulièrement les investisseurs institutionnels, est loin d’être exempt de critique. Pourtant peu de voie s’élève pour essayer d’affirmer qu’il faut dissuader ces comportements. Il y a bien Dominique Stauss-Kahn, le ministre des finances français, qui déclare au sommet du G7 à Washington qu’il ne faut "pas craindre, lorsque c’est nécessaire, de décourager les afflux de capitaux à court terme volatils ", mais ça ne paraît pas très convaincant. Par contre il semble y avoir l’unanimité des participants à ce même sommet pour souhaiter un "renforcement de l’architecture du système financier international ", en améliorant "la transparence ". Robert Rubin, le secrétaire américain au Trésor, préconise d’ailleurs une amélioration de la qualité et du nombre des informations fournies par les pays, en y ajoutant par exemple les réserves des banques centrales, les engagements des banques commerciales sur les marchés des changes étrangers… Theo Waigel, le ministre allemand des finances, propose que le FMI émette des avis publics plus explicites, lorsqu’il n’est pas tenu compte de ses avertissements. L’amélioration de la transparence des marchés est bien sur fondamentale, aussi bien pour que les superviseurs puissent effectuer un contrôle efficace, mais aussi pour que le marché puissent différencier les opérateurs "sains " de ceux qui sont fragiles. Or un tel schéma doit avoir force de loi parce qu’aucun participant n’a intérêt à faire le premier pas. En effet, dans un contexte général d’information incomplète, une firme financière qui révélerait plus d’informations que les autres sur ses risques, pourrait craindre que les utilisateurs du marché considèrent cette intermédiaire moins favorablement que ceux qui s’abstiennent de révéler l’information. De plus, au niveau des marchés émergents, la concurrence entre les places financières qui passerait par une diminution de la sécurité de ces marchés, par exemple en ayant des appels de marges faible de la part des chambres de compensation, pour attirer plus de capitaux étrangers, doit être banni. Au niveau de la sécurité des marchés de gré à gré, des économistes comme M. Aglietta préconisent l’instauration de chambres de compensation, avec appel de marges, tout en reconnaissant que ce n’est pas facile, et que cela pourrait faire perdre leur attrait à ces marchés. Mais en définitive, ce qui importe véritablement pour qu’il puisse y avoir un respect des mesures réglementaires prisent, c’est une supervision efficace, notamment au vu de l’émergence des modèles de contrôle internes d’exposition par rapport aux risques. Cette supervision, dans une période de globalisation financière comme la notre, passe forcément par une meilleure coopération internationale entre les autorités de tutelle des différents pays. Le cas de la Barings est ici très explicite. Au niveau de la supervision des conglomérats financiers, un organe de contrôle unique semble être la solution la plus rationnelle, afin d’éviter que des autorités segmentées se partagent le contrôle d’un groupe aux multiples ramifications. M. Aglietta propose même la création d’une instance européenne qui regrouperait des informations en vu d’effectuer une supervision efficace.

Comme nous avons vu, nombres d’idées sont avancées pour essayer de réduire le risque systémique, surtout au sein des marchés financiers. Souhaitons que ces idées fassent leur chemin…

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

-Problèmes économiques 5-12 novembre1997

 

-Défaillances des marchés et risque systémique, Michel Aglietta, CEPII et BDF

 

-Macroéconomie financière, Michel Aglietta, collection Repères, La découverte, mars 1995

 

-Les marchés dérivés de gré à gré et le risque systémique, Ch. De Boissieu et Michel

Aglietta

 

-Le risque de système, Michel Aglietta, 1991

 

-Le destin de la bulle financière, Ch. De Boissieu

 

-Intégration financière en Europe, nouveau risques et politiques prudentielle, Aglietta et Laurence Scialom

 

-Mensuel " Capital ", mars 1998

 

 

- " Sommet de Washington : le Japon éclipse la future réforme financière mondiale ", Marie-Laure Cittanova et Gilles Senges, Les Echos le vendredi 17 avril 1998