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Après
avoir étudié la volatilité historique d'un point de vue mathématique, nous
allons essayer de comprendre l'utilité d'un tel outil dans le monde financier,
aussi bien au niveau des salles de marché que des services de gestion de
portefeuilles. Puis, nous tenterons d'expliquer les applications, qui nous
paraissent les plus justifiables, d'une telle modélisation du monde réel.
| La
volatilité : vraie mesure du risque |
Plus
une valeur cotée est risquée, moins les investisseurs sont prêts à la payer
cher; c'est le bon sens même, mais encore faut-il savoir calculer les
risques…
Une
chute comme celle de l'action Alcatel jeudi 17 septembre 1998 prend d'abord tout
le monde par surprise. Puis le statisticien qui sommeille en tout investisseur
un peu professionnel revient à ses calculs et vérifie ce que tout le monde
n'avait pas forcément en tête: Alcatel est bien la valeur la plus volatile de
l'indice CAC40. Pour être précis, son indice de volatilité relative à cinq
ans (son "beta" en terme de statistique) est de 1,57! Cela signifie
que depuis cinq ans l'amplitude des variations du cours d'Alcatel a été de 57%
autour de la variation moyenne de l'indice CAC40. Le cours d'Alcatel peut avoir
fait soit 28,5% de mieux, soit 28,5% de pire que l'indice (2*28,5=57). Voilà
pourquoi, entre autres, l'action Alcatel a pu perdre 38% de sa valeur en une
seule séance boursière…
La
volatilité passée d'un cours (volatilité historique) est l'un des moyens
d'imaginer le comportement futur d'un titre coté et, en particulier, les effets
que peuvent provoquer les bonnes ou les mauvaises nouvelles concernant une société.
Les
cours des sociétés dont la volatilité relative à cinq ans est très supérieur
à 1 (Alcatel, BNP, Schneider, Société Générale,…) sont beaucoup plus aléatoires
et spéculatifs que ceux de la moyenne des sociétés du CAC40. Très en dessous
de 1, on trouve des sociétés (AGF, Bic, Air Liquide, Sanofi,…) plus prévisibles
ou régulières. La droite de corrélation entre les PER et la volatilité,
trace la frontière entre les titres plus risqués (supérieur à 1) et moins
risqués (inférieur à 1) que la moyenne des titres du CAC40.
Dans
le graphique ci-dessous, on a représenté les variations du béta à 20 jours
(en noir) de la valeur Equant par rapport à son cours de bourse (en bleu). On
constate que la baisse du titre en mai provoque une hausse du béta de près de
90% (de 1.4 à 2.6).
La
volatilité (représentée dans le graphique 8), quant à elle, est montée de
65% à plus de 130%.

Les
sociétés qui composent un indice (par exemple le CAC) peuvent être placées
dans un même graphique en fonction de leur rapport cours/bénéfice par action
(ou price earning ratio, PER) et de leur volatilité relative à cinq ans: la
droite de corrélation entre les prix et les volatilités permet de visualiser
les écarts de chaque titre par rapport à une volatilité neutre (celle de
l'indice). Plus l'écart est grand, plus la valeur future du titre est
incertaine; surtout, plus la volatilité est forte, moins le PER est élevé. La
statistique valide le bon sens: plus un actif est risqué, moins un investisseur
est prêt à le payer cher, et réciproquement.
Pour
bien saisir à quel point ces calculs influencent les décisions des
investisseurs, il faut imaginer ceux qui, par profession, ont à arbitrer entre
des centaines de sociétés. Il y a en Europe environ 800 titres de stature
internationale, et les 10 principaux indices boursiers mondiaux réunissent 1100
sociétés. Ce type de "droite de marché"
(encore appelée "droite d'arbitrage") leur permet de comparer
les prix et les risques non seulement à un même indice mais à différentes
places boursières telles que New York, Paris, Londres, Francfort,… ou encore
des sociétés d'un même secteur d'activité dans différents pays: de
multiples approches sont possibles. Un investisseur qui tient à avoir en
portefeuille une grande valeur européenne de l'industrie des télécommunications
et qui a pris un risque sur Alcatel peut ainsi, en quelques secondes, arbitrer
en faveur d'un autre titre plus "calme"…
La
volatilité d'un titre n'est pas définitive: ces deux dernières années, des
cours de sociétés comme Ericsson, Danone ou Vivendi sont devenus moins
volatils; d'autres comme ceux de Carrefour, ING ou Philips le sont devenus
davantage. Il faut aussi parfois apporter des correctifs qui tiennent compte des
opérations exceptionnelles. Une fusion (par exemple celle de Sandoz et
Ciga-Geigi qui donne Novartis), une absorption (Cetelem et Compagnie Bancaire
par Paribas), une tentative d'offre publique d'achat (Promodès sur Casino),
l'arrivée d'un nouvel actionnaire (Bolloré chez Bouygues), l'entrée (ou la
sortie) dans un indice: dans toutes ces occasions, les écarts de cours vont
s'amplifier, la volatilité augmentera arithmétiquement, sans pour autant que
le risque change…
Les
variations de cours suivent le plus souvent les prévisions des bénéfices, ce
qui rend la volatilité des prévisions très intéressante à suivre. Si, pour
une société, les écarts de prévisions entre les bureaux d'études sont
forts, le changement d'avis de l'analyste le plus optimiste ou le plus
pessimiste peut modifier à lui seul la moyenne, et le consensus changer de
bord…
La
volatilité, ici volatilité historique puisque calculée à partir de données
passées, est donc une des principales valeurs permettant de mesurer le risque
encouru par l'actionnaire.
En
effet, quand les écarts de cours sont faibles (volatilité peu élevée), ils
reflètent la régularité et l'homogénéité des opinions des actionnaires.
Quand, à l'inverse, d'un jour, d'un mois ou d'une année sur l'autre, ils
prennent de l'amplitude, ils expriment les hésitations des investisseurs et
leurs désaccords.
Les
calculs statistiques de volatilité permettent de hiérarchiser les risques que
présentent telle valeur, tel secteur d'activité, tel pays par rapport aux
autres. Ils complètent les données de l'analyse financière, industrielle ou
économique.
Voir
aussi :
-
Les options
-
Les warrants
-
Black & Scholes
-
Coxx Ross Rubinstein
-
Volatilité Implicite - Smile

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